Alain Ayache

L’Atelier de Joël Robuchon a perdu son plus fidèle client. On ne verra plus passer chaque jour, rue Montalembert, l’homme au cigare, l’amateur de bonnes choses, qui avait fait de cette adresse sa cantine. Alain Ayache nous a quitté brusquement, le 17 février, à l’âge de 71 ans.

Entrepreneur passionné et obstiné, cet homme libre, charismatique, farouchement indépendant, était l’un des derniers grands patrons de presse, un pionnier autodidacte qui n’eut de cesse de poursuivre ses rêves et de bâtir son empire.

Alain Ayache était de ces hommes qui savent forcer le destin, jouer à pile ou face avec la chance, saisir les opportunités et cultiver la pincée de folie qui permet d’oser les plus grandes choses.

La voix placée et ferme, l’œil brillant et incisif de ceux qui imposent immédiatement le respect, derrière ce côté grande gueule se cachait un vrai tendre. Il y a quelques années, il écrivait un livre à sa plus jeune fille, aujourd’hui âgée de 11 ans : « Lettres à Prunelle ». Dans cette déclaration d’amour, ce manuel de vie à destination de celle qui entrerait dans l’âge adulte sans un père à ses côtés, Alain Ayache écrivait : « Il faut vivre dans l’urgence, ne pas laisser le temps filer, glisser entre les doigts. Si tu cours, tu iras plus vite. Si tu marches, tu iras plus loin. Si tu cries, tu seras entendue. Si tu parles, tu seras écoutée ».

Le croisant souvent dans notre cantine commune, l’Atelier de Joël Robuchon, il me disait à chaque fois : « Guy, il faut qu’on crée quelque chose ensemble ». C’est ainsi qu’est né « Cuisinez comme un Chef », fruit d’une vieille amitié et de notre amour commun de la gastronomie. Nous étions complémentaires, lui, grand spécialiste de la presse écrite, moi, gourmand, ami de Joël Robuchon et des grands chefs, nous épaulant et nous relayant sans cesse. A chaque fois que l’un de nous se posait des questions, l’autre trouvait des solutions. Comme le disait Alain, « Il n’y a pas de honte à perdre ou à échouer. La honte, la seule qui puisse nous faire honte est d’être inférieur à nous-mêmes ». Alain Ayache va vraiment nous manquer.

GUY JOB