Il y a loin entre la jeune
fille de 20 ans qui,
venue de sa Thaïlande
natale, débarque à Paris un
beau jour de 1980, et la
jeune femme énergique
qui dirige d’une main de
fer 3 restaurants parisiens
où beaucoup d’artistes et
de comédiens ont leur
rond de serviette. Pour
l’amour d’un Breton, elle
va d’abord apprendre la
cuisine. Pourtant, « femme
au foyer pour un petitgrand
mari », comme elle
le dit elle même, ce n’est
pas son destin. Puis, après
une incursion dans le
monde en ébullition des
radios libres, elle envisage
de rentrer dans son pays.
Mais ses amis la retiennent,
et la voilà qui passe du
piano de concert au piano
de cuisine. D’abord dans
une boîte de nuit branchée,
puis bientôt dans ses propres
murs, décor de bambous,
de galets et de pierres,
transparences et harmonies
de gris. Son secret ? Elle
revisite la cuisine thaïe
traditionnelle, en l’adaptant
au goût français de ses
clients.
Contemporaine
et cosmopolite
Exemple : « Le tigre qui
pleure ». Du boeuf archicuit
servi noyé dans une
sauce forte au poisson. La
viande est tellement dure,
la sauce si épicée, que
même le fauve s’y casse les
dents, d’où les larmes qu’il
verse… « Chez moi, s’amuse
Thiou, la viande est tellement
tendre et la sauce si
subtile que le tigre en
pleure aussi, mais cette
fois de bonheur ! J’adapte
à mon propre goût »,
confie-t-elle, pour le plus
grand plaisir de ses habitués
« people », qui s’appellent
Michel Blanc, Daniel
Auteuil ou Christophe
Lambert…
Chez Thiou, on mange
avec une fourchette et un
couteau (encore qu’on
vous donnera des baguettes
si vous en demandez). En
Thaïlande, on commande
une grande quantité de
plats dans lesquels chacun
chipote. Chez elle,
entrée, plat et dessert se
succèdent dans l’harmonie.
Bien sûr, elle aime et
cuisine toutes sortes de riz,
blanc, parfumé, sauté,
rouge, complet, cependant
elle dose les épices et
les saveurs pour les faire
coller au goût de la
gastronomie française, et
aussi un peu italianisante.
Des goûts contemporains
et cosmopolites, qui viennent
ensoleiller sa cuisine
dont les racines demeurent
extrême-orientales.